Fréderique de Meester

Après Paris, puis le Pays d’auge en Normandie, ou elle a laissé sa roulotte gitane toute de
bois vêtue, Frédérique de Meester vient de déposer ses outils de sculpteur dans le Vieuxtours.
Son atelier s’enracine dans une vaste cave médiévale voûtée en pierre de taille de
tuffeau, dont les empreintes de taillant se veloutent d’un badigeon à la chaux .
C’est dans cet atelier blanc, presque monacal, que Frédérique de Meester, courtes mèches
blondes en pétard et sourire chaleureux, aime recevoir ses visiteurs.
Marbres de France et d’Italie, calcaires colorés, granit ou encore albâtre, elle se laisse guider
par la magie des blocs bruts et des veinages qui se révèlent sous sa main. Rênes d’une
tête de cheval emporté au galop, surgies du bloc en tracé tendu de hasard .En taille directe.
Voyage d’environ six cent heures pour un marbre, entre épannelage et polissage .
Sculpture passion et révélation. Jeu entre la douceur polie d’un visage et sa gangue brute,
comme un fruit dans sa coque. Epiderme de soie dans un écrin à la texture striée à la pointe.
Du bronze au ciment patiné, illusion de pierre fine, elle anime avec sensualité et gourmandise
une palette de textures. Comme sur ces visages qu’elle a en prédilection. Visages impassibles
de Mongols, ou s’incrustent des rouages d’horlogerie, des pièces de monnaie ou
des cabochons bijoux, qui expriment à fleur de peau les passions de l’âme.
Formes fluides ou volumes en épures imbriquées, évoquant l’Art Déco ou le Cubisme, se
dévoilent tour à tour selon l’angle de vue. Les sculptures de Frédérique de Meester fascinent
par leur profonde originalité, l’authenticité qui les imprègne. Aucune ne porte de titre. A vous
d’en imaginer, pour les faire vôtres, glisse-t’elle, l’oeil malicieux !
Une artiste à suivre, entre ses Sikafas bondissants et sa série de nez sensuels. Peut être un
clin d’oeil à tous ces nez disparus sur les statues antiques, ou plutôt quête d’identités en
fragrances .
René-Charles Guilbaud
Historien de l’art